22 nov. 2015

Une journée ordinaire

6 heures cinq, je me lève.

Je descends péniblement les marches des escaliers en pyjama. J'entre dans la cuisine et le chat me mord déjà les pieds lorsque je prépare le thé. Je lui donne un petit coup sur les fesses puis décide de le prendre à bras. 

Je bois mon thé, quelques biscottes à la confiture, du jus de fruit. Je me réveille, je regarde mon mur sur FB.

6h30 je monte m'habiller et me préparer.

7 heures, ça y est, je suis dans ma voiture, il fait nuit noire, il pleut. J'allume la radio, tout n'est que "mesuresd'ugenceàprendrecontreleterrorisme", je zappe sur Classic 21, ouf, un peu de rock, de la country. 


Je roule 20/25 minutes, d'abord les petites routes de campagne, puis la rocade et enfin j'entre dans la ville de Roubaix. Mon moment de paix avant la tempête, le trajet en voiture. Un moment que je commence à apprécier dans ma routine.


7h30 j'arrive à l'école, je papote à la photocopieuse et je checke mon cahier journal. 

7h45, ma classe. J'allume, je prépare ma journée. Les rituels des élèves, j'ouvre mon classeur et revois le fil de ma journée. Est-ce que j'ai bien tout ce qu'il faut? La table du fond est prête pour le marché de Noël, on va peindre des petits vases en cartons et les décorer. 

8h05 ça sonne, les élèves entrent au compte-gouttes. Ils sont heureux, me disent bonjour toujours trop fort et me racontent des trucs d'enfants: "Maîtresse, j'ai perdu une dent. Maîtresse, regarde mon T-shirt la reine des neiges. Maîtresse, c'est vrai qu'il y a des méchants qui peuvent rentrer dans l'école? Maîtresse, est-ce qu'on va faire musique aujourd'hui? Maîtresse, je peux jouer aux cartes?"

8h15 ça sonne pour le début de la classe et tout se met gentiment en place. Depuis la rentrée de novembre, tout se passe beaucoup mieux. On fait nos rituels, la météo en anglais et la devinette du jour. Puis l'écriture, la dictée. Lecture, on travaille sur l'alligator, ça les passionne (c'est quoi la différence avec le crocodile?). Récréation. Mathématiques. Puis je les laisse en autonomie pendant que je m'occupe d'un petit groupe de cinq pour les vases. 

J'ai tout préparé, la peinture, les pinceaux, les étiquettes, je leur montre comment peindre, ils essayent tant bien que mal. Entre-temps, j'ai déjà redit 6 fois à la classe de faire un peu de silence. Normal. Ils sont plutôt cool aujourd'hui. Je crois même qu'ils aiment vraiment ma classe, je le vois dans leur sourire, dans leurs yeux qui pétillent à la réponse au problème.

On écrit les devoirs, on chante. Ça y est, 11h45. La cantine pour les uns et les autres rentrent à la maison. 

Midi, je vais dans la salle des profs, mes collègues, des bavardages, des rires, des pleurs parfois, des échanges de travaux, des piles de cahiers à corriger. Je prends mon repas préparé de la veille, je le fais chauffer. Je me pose.

Il n'est que midi et j'ai déjà fait des milliers d'actions, j'ai parlé à des gens, j'ai réglé des conflits, j'ai ri, je me suis énervée, j'ai un peu crié dans les escaliers car Léa a poussé Ilana et qu'elle me regarde avec impertinence. 

Parfois, nous avons des réunions, pas aujourd'hui. Tant mieux, j'ai les bulletins à écrire et j'aimerais aussi corriger les dictées.

13h45 début de la classe de l'après-midi, plus détendue. EPS. On va à la salle de sport. On se met en rang, j'attends le silence... j'attends plein de fois. On est déjà en retard. Les vestiaires. "Maîtresse, tu peux enlever mon manteau? c'est coincé..." "Maîtresse, Isaac a oublié son sac de sport", " Maîtresse, il me traite." 

On arrive dans la salle, on s'échauffe, c'est le bazar. J'en calme deux/trois, sur le banc. On n'est pas en récré les gars,  si vous voulez jouer, vous vous tenez bien. 

15h15, fin de classe. Je descends mes élèves au portail, les parents attendent. Certains parents viennent mes voir: " Bonjour, y a des devoirs aujourd'hui?", " Bonjour madame, il s'est bien comporté aujourd'hui?". Les parents des enfants qui me posent vraiment problèmes ne sont jamais là, d'autres ont toujours minimum 10 minutes de retard. 

15h30, je remonte dans ma classe. Je suis exténuée je n'ai plus de voix mais je suis plutôt satisfaite. Ils ont bossé aujourd'hui, même si j'ai pas fait tout ce que j'avais prévu. Comme toujours. 

Je reste dans ma classe une heure ou deux, je prépare pour le lendemain, je nettoie mon tableau, je corrige mes cahiers, je fais les lignes d'écriture, demain ce sera le Q comme Québec. Je revois mes séance de numération, lecture, géométrie, grammaire... j'accroche mes affiches de son. Je discute avec quelques collègues.

Je range mes affaires, il est déjà 17h ou 17h30. Parfois, nous avons des réunions qui se terminent à 18h.

Je prends ma voiture, je rentre. Je mets un peu plus de 30 minutes, il y a de la circulation. Il fait déjà nuit. Je vais chercher Camille à la garderie. Parfois, il est déjà à la maison avec la nounou. Parfois, je fais deux courses avant de rentrer.


18 heures, je rentre tard ce soir. Mais ma classe est prête pour demain. Camille m'accueille toujours avec des câlins et des cris de joie. Je pose mes trois sacs. Je prends quelques minutes pour jouer avec lui et lui parler de sa journée. Puis, je vais dans la cuisine préparer le repas.

19 heurs j'ai coupé les légumes, j'ai versé le lait de coco dans la cocotte. Le riz qui cuit doucement parfume la cuisine. Ce sera bientôt prêt.

19h30 nous mangeons dans la cuisine. Hervé n'est pas là ce soir, il est quelque part dans Montréal avec des collègues. Il m'envoie des photos. Je souris de voir le ciel si bleu. C'est certainement pas ici en novembre qu'on verra un ciel pareil. Camille chante les chansons de l'école. Il mange son maïs avec ses doigts. Il ne veut manger que le croûte de fromage et veut encore des yaourts au chocolat.

20 heures, il est déjà l'heure de monter. Ce soir, je suis crevée. Va falloir faire d'une pierre trois coups, je me lave en même temps que Camille. Il reste longtemps dans le bain à jouer pendant que je me mets en pyjama, que je prépare ses affaires pour le lendemain. Il chantonne, il s'invente des mondes, des histoires.

20h30, nous sommes tous les deux dans sa chambre, il se roule tout nu par terre en jouant au voiture pendant que j'essaye de lui enfiler son pyjama. Être nu c'est important pour lui, il faut toujours qu'il courre très vite dans le couloir et que ça dure longtemps. J'explique qu'il va prendre froid. Je commence à chanter, il m'écoute et se laisse faire. Il joue encore un peu et j'en profite pour ranger ses livres. On lit des histoires dans son lit, parfois 5 minutes, parfois beaucoup plus. Doudou, bibi. Dodo.

Il est 21 heures ou 21h30, je suis enfin en bas. J'ai parfois deux trois choses à régler pour la classe, une machine à lancer, un truc à ranger, la cuisine à finir. 

22 heures dans l'idéal, je suis enfin avec ma tisane à la cannelle en train de regarder un épisode de Downton Abbey. Le chat saute partout. L'homme m'envoie des message What's app: la vue depuis son hôtel, un plat typique, des retrouvailles de vieux copains.

23 heures un dernier regard au petit blond enfoui dans sa couette, le doudou sur la tête, un dernier bisou. Je le respire. Mon coeur se remplit toujours d'amour. Je pourrais presque me faufiler près de lui et dormir avec lui.

Je lis dans ma chambre... ou du moins, j'essaye de lire... trois pages avant de tomber de sommeil.

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Ça faisait quelques semaines que je voulais écrire une journée de ma vie de cette fin d'année 2015, garder une trace de cette vie-là à ce moment précis parce que c'est précieux. Car ça peut changer en quelques secondes et que dans les mouvements quotidiens ordinaires, on ne se rend plus compte de la valeur des choses. C'est juste pour se souvenir d'une journée de novembre 2015 et remercier je-ne-sais-qui de pouvoir continuer à vivre cette vie avec les gens que j'aime, de continuer à avoir des projets...

Une pensée pour tous les anges du vendredi 13 novembre.

2 commentaires:

  1. J'adore te lire, j'ai l'impression d'être une petite souris dans ta poche ! Je fais le ménage dans une école primaire (ils commencent l'école à 5-6 ans) mais je nettoie aussi le côté "kindie" la maternelle avec son bazare quotidien et ses meubles miniatures. Enfin je croise chaque jours les maîtresses qui sont très gentilles et je partage les moments marquants de la journée avec elles. C'est bientôt noël et la fin de l'année scolaire ici et c'est le bordel, paillettes et colle partout mais j'aime voir les créations ! J'adore lire les mots des élèves "my wish for xmas is that all the world is happy" "my memories is when my dog died taken by a stranger" ?! Ou la meilleure, c'était pour la fête des pères "i love my dad because he put my mother cloths and make me laught" hihi affichée devant toute la classe où tout le monde peut lire, le pauvre papa la gueule qu'il a du tirer !

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  2. Merci Meile, oui, la fin d'année a été la même ici, dure pour les femmes de ménage avec les paillettes qui collent partout! Quels jolis messages ils font les élèves! La dernière est très drôle en effet! :))))

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