Ma 9ème nuit dans la grotte s'annonçait calme, on avait regardé une série, j'étais sereine, un peu fatiguée.
Je me suis endormie tranquille aux alentours de 23h.



Et je me suis réveillée vers 1 heure du matin, les contractions avaient repris, un peu douloureuses. Mais comme j'en avais presque tous les jours depuis 9 jours, j'étais comment dire... habituée? Le ventre durcit, la respiration devient difficile. Mais là, c'était un peu différent.

J'appelle l'infirmière, une, deux, trois fois. Elle me donne des médicaments pour arrêter les contractions en plus de la perfusion. 

Bizarre... cette fois, ça se calme pas, mais alors pas du tout. Je souffre un peu... je réveille l'homme.

J'ai dû mal à me souvenir des événements à la minute près comme je l'ai vu dans de nombreux récits. A vrai dire, je n'avais aucune idée de l'heure. Je sais qu'à un moment, mon docteur, une petite femme taiwanaise d'une 40 taines d'années, un peu ronde et hyper zen au joyeux prénom de Loulou, est venue m'examiner.

Surprise! Les contractions font vraiment effet! Je vais accoucher!

...aaaaaahhhh oui??? Eh bien, j'aurais pu le deviner hein parce que là, c'est intense, si c'était dans le vent, j'aurais eu les boules hein, alors OUF! Ça sert pas à rien!

Le docteur me dit qu'elle reviendra dans une heure pour voir l'évolution.

Une heure. Bien. 

Je tiens à dire que la position allongée C'EST POURRI QUAND ON A DES CONTRACTIONS BORDEL! 
C'est pas du tout gérable! Mais comme j'avais la perfusion, le doppler et que je n'avais pas bougé de mon lit depuis 9 jours, c'était pas possible de sortir de ce lit, j'étais trop faible, je me tortillais comme un ver.

L'homme s'est senti impuissant pendant ce passage difficile.

Petite remarque: à 7 mois, je n'avais pas encore pris les cours de préparation à l'accouchement donc je n'avais AUCUNE idée de comment souffler. Et c'est pas du tout comme dans les films où on les voit souffler comme des chiens, hein...??? PAS DU TOUT. Il faut inspirer et expirer lentement et parfois, la douleur ça coupe le souffle. Donc mes chéries... les futures mamans, vous allez bien prendre vos cours et vous rajoutez une dose de yoga, ça aide. Préparation mentale obligatoire sinon vous allez douiller.


J'ai souvent lu qu'il fallait penser sereinement au bébé faisant son chemin pour sortir, ne pas paniquer sinon la douleur devient insupportable. Je suppose que c'est plus facile quand on accouche à terme. 


Donc, ces heures-là n'ont pas été du gâteau et quand le docteur est revenue,j'ai gentiment demandé une péridurale qui m'a sauvé la vie. L'anesthésiste est arrivée très vite, je ne sais plus vraiment l'heure qu'il était, je dirai 5 heures du mat. 

J'ai été étonnée de la position dans laquelle ils m'ont fait la péridurale, je n'étais pas assise le dos rond mais allongée sur le côté du lit, le dos tournée vers l'extérieur. L'homme faisait son boulot et me tenait pour ne pas que je bouge. 

J'ai eu deux contractions pendant la péridurale (Yeeeaaah, vrai moment de bonheur!), la péri c'est pas des plus agréable mais bon ce qui suit c'est MAGIQUE!!!! 

Je me suis quasiment endormie comme une loque en 5 minutes après la pose, l'infirmière avait éteint la lumière, même l'homme avait repris son lit. On s'est dit qu'on aurait encore beaucoup de temps à attendre donc autant dormir un peu.

Ah ah aha ... AH AH AH! Ohhh Ohh Ohh!!!

J'ai pas dormi, j'ai comaté dans un petit nuage sans douleur pendant 30 minutes peut-être et puis c'est reparti!

Mince, alors, ça recommence. J'appuie sur le bouton pour avoir un shoot de drogue: une fois, deux fois... mais j'ai toujours mal. Tiens, j'ai envie d'aller aux toilettes. 

???

L'homme me dit: " Encore, mais c'est pas possible!"

L'infirmière arrive et je lui dis que j'ai envie d'aller aux toilettes. Elle m'examine.

Et là, panique à bord!!!

Mais vous accouchez lààààà!!! Attendez, je dois appeler le docteur!!!!"

"...aaahhhh oui.... ah ben, c'était rapide, ça alors, mince...déjà, mais comment c'est possible? "

Hop, je suis transportée sur un autre lit jusqu'à la salle d'accouchement juste à côté, je vois les néons au-dessus de ma tête, je me sens plutôt bien, j'ai pas trop peur. 

J'arrive dans la pièce, un homme aux yeux bleus entre avec un masque et un bonnet.Mais qui est-ce? Le docteur? Ahahha mais non, c'est mon homme!!!! Je ne l'avais pas reconnu, il s'est habillé en docteur. Il est beau avec ses yeux bleus. Je ne vois que ça.

A un moment, je crois avoir dit à la petite femme ronde de ne pas me faire d'épisiotomie. Le docteur réponds: "Ah notre patiente ne veut pas d'épisio".  (je crois que j'ai choqué l'équipe entière!).

J'ai pas dit que je ne voulais pas, mais bon, si c'est possible d'éviter siouplé "

Les infirmières m'expliquent comment pousser mais d'après l'homme, je faisais un peu comme ça me chantait, je ne les écoutais pas trop. Elles voulaient que je me repose, que je reprenne mon souffle mais j'avais pas besoin, j'étais HYPER EN FORME! 

5 minutes... et j'ai entendu les infirmières me dire de ne plus pousser. 


Ah? Déjà?


C'était une fusée, j'ai fait un bébé fusée. 

Il a pleuré, d'un tout petit pleur de bébé de 29SA. 



J'ai accouché en 5 heures. D'un tout petit bébé de 1280 gr. 
D'un petit gremlins rouge de 38 cm.



L'homme était près de lui pendant qu'on le nettoyait, je pouvais les voir de ma table. J'étais très en forme, très heureuse. Elles l'ont emmailloté dans un drap vert et me l'ont apporté. 

J'ai touché sa petite main et puis il est parti.

C'était un moment magique et heureux avant de commencer à être une maman inquiète pour son bébé grand prématuré.


Notre Camille, si petit et déjà un si grand combat à mener.